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La quatrième marche

Slice of Cactus Édition N°1 2 min de lecture
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Billie a un tapis. Moelleux, bien placé, choisi avec soin — tout pour plaire à un golden retriever.

Elle ne s’y couche jamais. Ou presque.

Elle préfère se coller à Jango, qui n’a rien demandé, ou s’installer sous mes pieds pendant que je travaille. Même logique à table : se placer exactement là où des pieds, une chaise ou un humain mal coordonné risquent de lui tomber dessus.

Mais depuis quelques jours, Billie a découvert mieux.

La quatrième marche de l’escalier.

Pas la première, trop populaire. Pas la troisième, trop prévisible. Pas la cinquième, franchement prétentieuse.

La quatrième.

Une marche étroite, triangulaire, rigide, sans coussin, sans rebord et manifestement conçue pour recevoir un pied durant quelques secondes — pas un golden retriever pendant une sieste complète.

Et pourtant, elle est là.

Elle replie ses pattes selon des lois géométriques qui m’échappent, cale son corps contre la structure et demeure là, parfaitement paisible. Depuis son perchoir, elle est exactement à ma hauteur. Un peu loin, certes, mais suffisamment proche pour garder un œil sur mon travail, surveiller les déplacements de Jango et vérifier que personne ne tente une ouverture clandestine du placard à friandises.

Le calme semble alors l’habiter.

Pépouze.

Pendant ce temps, son tapis demeure en bas. Vide. Parfaitement plat. Honteusement confortable.

Je me suis donc demandé ce que cette marche pouvait bien avoir de plus. Peut-être apprécie-t-elle la vue. Peut-être cherche-t-elle un peu de fraîcheur. Peut-être ressent-elle, sur cette quatrième marche très précisément, une forme de paix intérieure inaccessible au commun des mortels.

Ou peut-être est-ce l’odeur de mes chaussures, posées juste en contrebas.

Une effluve familière qui monte lentement dans l’escalier et vient l’envelopper comme un parfum rassurant. Un subtil mélange de semelle, de promenade et de transpiration humaine.

Mais à côté des chaussures se trouvent les chaussettes.

Les chaussures ne seraient donc qu’une simple antichambre avant d’accéder au véritable trésor : l’essence concentrée de l’être aimé.

Le confort est une notion très personnelle.

L’amour aussi, apparemment.

Il fallait simplement penser comme un chien.

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