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Vacances à domicile, formule all inclusive option canicule

Slice of Cactus Édition N°1 9 min de lecture
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Cet été, on n’est pas vraiment partis.

Pas de grand voyage, ni de petit, pas de van, pas de kilomètres avalés, pas de touristes à supporter. Juste nous cinq, les chiens, la piscine, de la bouffe, des livres, du vélo et…

La chaleur… Beaucoup de chaleur.

Celle qui commence à s’installer dès le matin et qui finit par transformer toute organisation familiale en stratégie militaire.

Les chiens ont rapidement compris – moi aussi – que les balades, ce serait entre 6 et 8 heures du matin, quand l’air était encore supportable et que le monde semblait nous appartenir. Et tard le soir, avec nos amis les moustiques. Il faut savoir partager.

Entre les deux, qu’est-ce qu’on a fait ? Entre les deux, il a fallu fermer quelques volets roulants. Et ça, franchement, c’était presque une défaite personnelle.

J’aime la lumière. J’aime les fenêtres ouvertes. J’aime voir dehors, sentir l’air entrer, avoir l’impression que la maison respire. Alors passer une partie de mes journées à fermer ce que j’aurais normalement passé mon temps à ouvrir m’a souvent contrariée.

Avec 40 degrés dehors, il fallait choisir entre mon amour de la lumière et notre envie de ne pas cuire vivants dans le salon. Sans parler de cette odeur de fumée dans l’air, cette lumière étrange qui rappelait que les incendies n’étaient pas très loin.

Alors on est restés cloîtrés à la maison. Enfin… pas complètement.

Il y a eu quelques virées à la plage, quelques sorties à vélo, soigneusement choisies pour éviter de finir transformés en deux puddings humains sur le bord de la route. On a même couru dans le noir en se tirant dessus avec des pistolets en plastique. J’ai pu imposer le respect. Je suis la plus douée.

Et puis, vous l’aurez compris, il y a eu les balades des chiens, à l’aube ou tard le soir.

Pas de quoi remplir un carnet de voyage, mais suffisamment pour avoir quelques échappées.

Le reste du temps, chacun son voyage.

Le studio de musique s’est transformé en salle d’arcade de jeu vidéo en mode open bar.

Et moi, cet été, j’ai retrouvé plusieurs de ces petites choses que j’aime faire quand j’ai du temps.

Lire.

Colorier.

Cuisiner.

Bouger, un peu.

Rien de spectaculaire.

Juste des trucs qui font du bien quand on arrête de chercher absolument quelque chose à faire, un endroit où aller.

Et la lecture, elle, a pris un peu plus de place.

Je ne sais pas exactement à quel moment j’ai recommencé à lire. Enfin, si, un peu. J’ai appris par hasard début août qu’un cinquième tome de « Divergente » de Veronica Roth sortirait en octobre. J’avais déjà lu cette saga il y a quelques années, pendant des vacances d’été aussi. Alors, logiquement — c’est une règle, ça doit être écrit quelque part — il fallait tout relire avant.

Je l’ai rouvert. J’ai lu quelques pages, puis encore quelques-unes. Et finalement, j’ai terminé le premier tome. Alors j’ai enchaîné avec le suivant. Puis le suivant. Et sans vraiment m’en rendre compte, la lecture a repris sa place — bien au-delà de la trilogie, d’ailleurs.

Je crois que ce que j’avais oublié, ce n’était pas seulement le plaisir de lire. C’était tout ce que la lecture permet de faire sans bouger. On peut rester dans son canapé et changer complètement d’endroit. Changer d’époque. Changer de vie. Passer quelques heures dans un monde dystopique, suivre des personnages qu’on ne connaît pas, se demander ce qui va leur arriver, refermer le livre et revenir dans son salon comme si on était simplement allé faire un tour.

Et dans cet été où les journées semblaient parfois interminables, c’était plutôt pratique. Parce qu’il y avait quelque chose de précieux dans le fait d’avoir du temps. Le temps de lire. Le temps de ne rien faire. Le temps de rester assise sans avoir l’impression qu’il fallait absolument être utile.

Lire m’a offert ça. Une façon de remplir les journées sans chercher à les remplir.

Évidemment, le problème avec les livres, c’est qu’ils se terminent. Et quand on recommence à aimer lire, une nouvelle question devient rapidement existentielle : qu’est-ce que je lis maintenant ?

Alors vers chez moi, je n’ai pas grand choix, je suis allée chez Cultura. Enfin… je suis allée chez Cultura pour acheter un livre. En théorie. Parce qu’une virée chez Cultura avec trois enfants n’a jamais vraiment été une virée pour acheter un livre.

C’est plutôt : un livre pour maman, un manga par enfant, minimum. Et mes enfants ont des goûts de luxe. Ils ne prennent évidemment pas le manga banal posé tranquillement au milieu du rayon. Non. Il leur faut l’édition limitée. Celle avec la couverture spéciale. Celle en couleur. Celle qui coûte beaucoup plus cher mais qui est collector. Alors forcément, ça change tout. Celle dont j’ignorais l’existence cinq minutes auparavant et qui est devenue absolument indispensable.

Après les mangas, il y a eu Adèle, la Furie. Nouvelle passion du petit dernier. Une passion qui a commencé quelques années auparavant dans la fratrie et qui a progressivement contaminé tout le monde. Parce qu’Adèle, visiblement, possède un pouvoir de propagation supérieur à celui de n’importe quel virus estival.

Résultat : chaque passage chez Cultura devient une petite ruine familiale.

Mais bon. On repart avec des livres. Alors finalement, est-ce vraiment une dépense ? Je préfère ne pas répondre.

Et pendant que mes enfants savent exactement quel manga ils veulent, moi, je suis incapable de savoir quel roman j’ai envie.

Je sais ce que j’ai aimé. Je sais ce que je n’ai pas aimé. Je sais que j’ai adoré Divergente. Que j’ai grandi avec Dark Angel et que Batman est mon anti-héros préféré. Je sais que certains romans pourtant encensés m’ennuient profondément. Je sais que j’aime être embarquée rapidement, que trop de personnages peuvent me perdre, que j’ai envie d’une histoire qui m’accroche vraiment.

Mais expliquer tout ça à un libraire, à 46 ans, avec la phrase : « Bonjour, j’ai adoré Divergente, vous avez quelque chose dans le même genre ? »

Voilà.

J’ai beau être parfaitement assumée sur beaucoup de choses, il y a quand même une petite voix intérieure qui me dit : Tu es sûre que tu veux dire ça à voix haute ?

Alors je demande à nos nouveaux amis virtuels. Les IA. J’aime bien les confronter.

Oui. J’en suis là.

Je leur raconte mes lectures. Celles que j’ai adorées. Celles que j’ai abandonnées. Celles qui m’ont déçue. Je leur explique ce que je cherche sans vraiment savoir comment le définir. Je leur demande si tel livre pourrait me plaire. Puis si tel autre ne risque pas de faire doublon avec celui que je viens de finir. Puis je change d’avis. Puis je reviens avec trois nouvelles questions.

Bref, je transforme le choix d’un roman en véritable problème existentiel.

Et parfois, ça marche. Je trouve mon prochain livre. Je vais le chercher tel un pèlerinage. Je rentre dans le magasin bien accompagnée. Les bêtes de moins de 16 ans ne sont pas folles : elles savent très bien que si je m’achète un livre ou deux – soyons fous – un manga ou deux pourraient agrandir la pile. Et puis tout le monde sait que j’aime l’équité, alors Adèle est aussi de service.

Allez, BAM.

50 balles.

Et pendant que les enfants feuillettent leurs mangas et que la salle d’arcade bat son plein, je commence une nouvelle histoire.

C’est peut-être ça que cette reprise de la lecture m’a apporté cet été. Pas une révélation. Pas une nouvelle philosophie de vie. Pas même forcément l’envie de lire absolument tout le temps.

Enfin, une petite quand même : l’idée qu’il serait sans doute plus classe de finir mes soirées un livre à la main plutôt que le pouce sur Instagram à faire défiler des posts ou des stories de gens que je ne connais pas, dans mon lit, jusqu’à ce que mes yeux ferment tout seuls. On verra si la bonne résolution survit à la rentrée.

Entre deux histoires, les balades ou un petit rafraichissement dans la piscine, il y a le sacro-saint goûter et il faut bien s’alimenter. Donc puisqu’on ne voyageait pas avec nos jambes, on a fini par voyager avec nos assiettes.

Et là, franchement, on s’est donné du mal.

Il y a eu des pizzas. Toutes sortes de pizzas. Les traditionnelles pizzas champignons-jambon-fromage, pour la respectabilité. Des pizzas aux nectarines sur leur lit d’amandes, parce que quelqu’un a un jour décidé que le fruit d’été méritait sa place sur une pâte à pain. Personne n’a eu le courage de s’y opposer. Et c’est d’ailleurs un délice. Et puis une pizza au chocolat, histoire de contrebalancer le tout — parce qu’après le salé et les nectarines, il fallait bien un dessert qui ose se présenter sous la même forme que le plat.

Des goûters dignes de grands chefs pâtissiers et des plats venus du monde.

Bref, si nous n’avons pas vraiment pris de vacances cet été, notre four, lui, n’a jamais chômé. Ça s’appelle comment déjà, quand on ne bouge pas mais qu’on mange comme si on avait fait le tour du monde ? Les vacances de la bouffe.

Et puis il y a autre chose que je n’avais pas prévu d’apprécier à ce point : avoir du temps.

Pas forcément ne rien faire. Ça, je ne sais pas vraiment faire.

La preuve : dès que j’ai eu un peu de temps, j’ai lu. Puis j’ai colorié. Puis j’ai cuisiné. Puis j’ai fait du vélo. Bref, j’ai trouvé plein de façons de ne surtout pas m’ennuyer.

Mais sans liste de choses à cocher.

Sans cette petite voix qui réclame d’habitude d’être productive.

Juste faire ce dont j’avais envie, quand j’en avais envie.

Et ça, finalement, c’était peut-être ça, le vrai luxe de cet été : avoir du temps sans avoir besoin de le rentabiliser.

Moi qui ai toujours tendance à chercher quelque chose à faire dès que je reste assise plus de dix minutes, j’ai découvert que je pouvais aussi simplement rester là.

Bon, pas très longtemps non plus.

Il ne faut pas exagérer.

J’avais un livre à finir.

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